Définitions

Cet article est une introduction à la théorie des instincts, à une nouvelle grille de lecture pour comprendre, de manière pragmatique comme dans les sciences naturelles, ce qui se cache derrière le phénomène de « timidité ».

Notre point de départ partira d’un premier constat simple à travers les discours classiques qui reviennent chez toutes les personnes timides :

« Je ne sais pas comment m’y prendre à cause de cette timidité maladive, je lis souvent qu’il faut aller vers les autres, mais comment on fait ? »

« Je parais renfermé, froid, avec les autres. En plus, j’ai le regard fuyant. On me laisse toujours dans un coin. »

« Je n’arrive pas à créer des liens et à chaque fois, je ne sais jamais quoi dire. »

Si l’on s’interroge sur les causes profondes de cette timidité, nous aurons plusieurs camps :

Les psychologues diront que c’est lié à un manque de confiance en soi, à une peur du rejet.
Les sociologues attacheront davantage d’importance à l’éducation, à l’environnement social ou culturel.
Les psychanalystes parleront de complexe d’œdipe ou de névrose.

On ne s’étalera pas sur chaque école de pensée car chacun de vous, inconsciemment, a déjà son camp et lu une abondance d’informations sur ces sujets.
Généralement, les chercheurs scientifiques s’accordent à adopter une position où l’inné et l’acquis ont tous deux leur place.

Pour ma part, travaillant dans l’Education nationale, dans un collège ZEP, j’ai souvent eu affaire à des élèves issus de familles nombreuses. Par exemple, l’année dernière, j’avais eu une élève extrêmement timide, qui craignait à chaque fois de prendre la parole et son frère, beaucoup plus extraverti, lui faisait souvent le guignol avec ses camarades. Dans la famille, ils sont huit enfants, la plupart extravertis, et la sœur est la seule timide du groupe. Ces enfants ont pourtant tous eu le même environnement social, la même éducation. Je rencontre régulièrement ce genre de cas, c’est pourquoi je pense que l’explication environnementale et familiale est une thèse obsolète, du moins pas suffisamment complète pour expliquer les origines de la timidité.

Dans la psychologie de la peur, le psychiatre Christophe André postule que dès la naissance, certaines personnes sont plus prédisposées à devenir timides ou anxieuses au cours de leur vie en raison d’une hypersensibilité naturelle, d’une plus grande réceptivité aux stimuli et événements stressants. Cette prédisposition génétique rendrait plus réactive et vulnérable la zone du cerveau de l’amygdale qui fonctionne comme un « système d’alarme » pour prévenir les dangers éventuels et autres signes d’agression extérieure.
Retenons simplement cette idée de système d’alarme interne (S.A.I) qui a un rôle perturbateur au niveau des aptitudes instinctives.

 

Pour comprendre la théorie des instincts, il faut avoir une grille de lecture à la manière d’un « biologiste ». Il y a deux instincts primaires, fondamentaux, qui régissent tous les comportements humains : l’instinct social et l’instinct sexuel. Ils agissent comme des gouvernails nous permettant d’interagir avec les autres, soit dans une optique sociale, soit dans une optique amoureuse.

L’instinct social, c’est l’impulsion inhérente à chaque être humain à vouloir être « parmi les autres ». C’est comme un ciment universel qui lie chaque individu à un autre.

L’instinct sexuel, c’est l’impulsion inhérente à chaque être humain au désir de reproduction, à se lier affectivement avec le sexe opposé.

Gardez bien à l’esprit qu’il existe en chaque personne ces deux instincts de base.

À l’échelle collective :

Dit de façon triviale, si l’instinct social de tous les individus d’un même lieu géographique est « en panne complète », l’on imagine bien que cette situation ne permettra pas le développement en cet endroit d’une société, de collectivités, de commerces.

Il en est de même pour l’instinct sexuel de tous les individus si celui-ci se retrouve « en panne complète », cette situation ne permettra pas en cet endroit la formation de couples, de familles et d’enfants à long terme.

Voilà pourquoi ces deux formes d’instinct sont fondamentales à la survie, à l’évolution de l’espèce humaine. La nature s’est construite, codifiée, autour de ces éléments de base : elle n’a pas conçu un être humain pour être timide à l’origine. D’un point de vue biologique, la timidité serait plus une affaire « d’aptitudes instinctives déficientes ».

À l’échelle individuelle :

Si l’instinct social d’un individu est « en panne », cela veut dire que cette personne rencontrera des difficultés de l’ordre instinctif pour interagir avec les autres, compensant toutefois ce manque par l’intellectualisation ou l’imitation par exemple.
Ses compétences sociales seront plus ou moins altérées, affectant la communication sociale : la conversation, les expressions non verbales (le visage, le regard, l’attitude).
Dans le langage populaire, on dit que cette personne est atteinte de timidité sociale.

Si l’instinct sexuel d’un individu est « en panne », cela veut dire que cette personne rencontrera des difficultés de l’ordre instinctif pour interagir, s’unir sexuellement avec une personne du sexe opposé.
Ses compétences amoureuses seront affectées à différents niveaux avec des problèmes de communication sexuelle : l’extériorisation de sa « virilité » pour l’homme, l’extériorisation de sa « féminité » pour la femme.
Dans le langage populaire, on dit que cette personne est atteinte de timidité amoureuse.

 

J’entends souvent des gens timides me raconter qu’ils se sentent à l’écart des autres alors qu’ils perçoivent autour d’eux qu’il y a comme un « aimant » naturel entre les gens. C’est un peu l’idée. Imaginons que nous sommes à une soirée. Le timide arrive dans une salle, découvrant impressionné les visages des gens, il peine pour trouver ses mots entre les valses-hésitations incessantes, tandis que les autres commencent déjà à établir des liens. Au bout d’une demi-heure, le timide est encore à l’écart, silencieux, gêné ou bégayant parfois lorsqu’il s’adresse aux autres. La « connexion » ne se fait pas avec les autres parce que le timide n’extériorise pas son instinct social, c’est-à-dire son désir social d’être, de communiquer avec les autres : il est fermé, il paraît froid en apparence, son visage est crispé, son regard est fuyant. C’est pourquoi les attractions mutuelles ne se font pas, non pas en raison de la personnalité du timide, ni de son apparence physique, mais uniquement de son « apparence sociale fermée » laquelle envoie un signe d’indisponibilité.

Dans la théorie des instincts, l’interactionologie est la discipline qui étudie ces phénomènes d’interactions humaines et ses dysfonctionnements.
Elle est divisée en deux sous-disciplines : l’interactionologie sociale et l’interactionologie amoureuse (courant fondé et appelé « séductionologie amoureuse » par Jean-Paul Benglia).

Voilà quelques prémisses à la théorie des instincts, à une grille de lecture biologique de la timidité laquelle vous permettra par la suite de comprendre les codes universels sociaux et amoureux. Je vous invite à vous reporter aux fiches suivantes qui illustreront mieux ces propos par des exemples concrets : la timidité amoureuse et la timidité sociale.

(1 commentaire)

  1. Pauline

    très instructif, merci

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