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Témoignage : « Mes premiers pas en politique malgré ma timidité »

témoignage

En surfant tranquillement sur le Web, je suis tombé par hasard sur le témoignage de Nicolas, un ancien timide devenu professeur d’histoire géographie et qui raconte ses premiers pas dans l’engagement politique.
En fait, l’extrait du témoignage est un ancien article publié par l’auteur en 2008 sur son blog où il révèle ses problèmes de timidité et fait en quelque sorte un bilan de ses cinq années d’engagement depuis qu’il avait eu l’idée d’adhérer en 2003 à l’Unef et au MJS (Mouvement des Jeunes Socialistes = c’est le PS pour les jeunes entre 15 et 28 ans !).

J’ai beaucoup aimé son témoignage et je l’ai trouvé intéressant car on voit à travers ses anecdotes personnelles qu’il a énormément persévéré sur le terrain, surmonté un certain nombre d’épreuves psychologiques, pour atteindre ses objectifs et réaliser ses idéaux. Avec l’autorisation de l’auteur, j’ai décidé d’ajouter ce témoignage dans la rubrique Interviews du blog et de publier l’article tel qu’il avait été rédigé à l’époque dans son intégralitéJe vous propose de lire son témoignage, avec en prime mes commentaires à la fin de l’article… ;)


Témoignage écrit par Nicolas, professeur et militant – Source :
 lien de l’article 

Fin juin 2003, j’assistais à mon premier collectif national de la plus grande organisation étudiante de France, l’Unef, dans un amphi de la Sorbonne où je regardais avec curiosité les débats, des gens qui avaient l’air de se connaître, les membres du bureau national ou les présidents d’AGE qui me semblaient inaccessibles.

J’avais 19 ans, j’étais un petit nouveau, je critiquais beaucoup, j’avais un parcours atypique : 6 mois après mon entrée en fac d’histoire à Béziers, j’étais élu par hasard au conseil d’administration de l’université Montpellier III sur une liste corpo, FAGE. Premier tract, première affiche, je reprends goût à l’engagement, effleuré pendant les manifestations lycéennes de 1998. Je cours après les trains, je vais vers les gens pour « vendre » mes idées. Pas formé, j’essayais de prendre confiance. Car parler à quelqu’un que je ne connais pas… me demande d’immenses efforts ! Parler en public, aujourd’hui encore… me demande un investissement surhumain. Terrifié auparavant à l’idée même de faire un exposé, je me retrouvais, du jour au lendemain, dans des conseils d’université, avec 60 enseignants-chercheurs (dont les miens), pour débattre d’aspects précis, techniques, politiques, relatifs à la gestion d’une université. Pendant un an de mandat (sur 4, je vous rassure), je n’ai pas dit un mot… Aujourd’hui, en 2008, formateur du parti socialiste, j’anime des ateliers sur la prise de parole!

Avant d’arriver à l’UNEF, comme président de corpo, j’étais surtout habitué à des petites réunions pour organiser des soirées étudiantes, des voyages… et même des matchs de foot. Forcément, j’étais goal… à l’époque je détestais l’UNEF. Je me définissais, marrez-vous bien, comme élu apolitique et asyndical. Si si. Je fus sauvé par Christelle, Johanna, et Sabrina, qui, me sachant vaguement de gauche, eurent la bonne idée de m’inviter au congrès de l’UNEF en 2003. Cela me plut tellement qu’à la rentrée, arrivant à Montpellier, je leur proposais de leur donner un coup de main… On me donna les clés du local, un téléphone, et je rappelais les 200 adhérents des chaines pour les inviter aux réunions de pré-rentrée. On m’envoyait ensuite en fac de droit pour préparer des élections… Et le soir de ces élections perdues, on m’annonçait que j’étais secrétaire général de l’AGE. Je n’avais pas encore adhéré.

Une personne m’a poussé pour taper aux portes des cités U, m’a piégé aidé pour ma première intervention en amphi, mon premier tract, ma première réunion d’AGE. Appelons-le… BV. Je te remercie, cher BV, car je n’avais pas confiance en moi et tu m’as obligé à me dépasser, à aller au delà des mes difficultés, de mes limites, à les mettre de côté pour atteindre mes objectifs et faire gagner mes idées. J’ai appris à prendre des cafés avec les gens pour leur proposer des responsabilités, des CAS, des groupes, des délégations ou des missions. J’ai eu la plus grande terreur de ma vie en faisant une intervention en CN de l’UNEF sur les défis que représentaient les élections au CROUS 2004. Mes mains tremblaient, je voyais flou, un baptême du feu en tranchée pendant la première guerre mondiale m’aurait moins fait peur… Et je disais beaucoup de bêtises. J’en dis toujours d’ailleurs. En Novembre 2007, c’étaient mes jambes qui tremblaient, au congrès de Bordeaux…

Et j’ai fait quoi au fait pendant 5 ans ? Organisé des centaines de réunions, d’élus, de militants. Participé à des centaines de réunions, de rendez-vous, de groupes de travail. Envoyé des milliers de petits papiers aux gens pour leur demander de dire ça ou ça. Rappelé des centaines de gens pour les faire participer à des actions militantes. Coller, tracter, parler devant des dizaines d’amphis d’étudiants pour les faire voter UNEF. Potasser des dossiers pour préparer des interventions en conseil. Rencontré des directeurs de service. Discuté avec des dizaines de gens, en les suppliant parfois, pour les convaincre d’être candidat aux élections étudiantes…

J’ai vécu des moments splendides, grisants, des soirs d’élections grandioses, j’ai failli pleurer quand, lors de mon dernier conseil d’administration au CROUS, en avril 2006, le directeur a demandé à la présidente de l’Université Montpellier I de me remettre la médaille d’honneur des œuvres universitaires. J’ai vécu des moments de stress intenses quand en mars 2004 je déposais 2min45 avant la clôture des inscriptions une liste pour les centraux. Un an après, je déposais 1min30 avant la clôture une liste en fac de sciences. Et je faisais une crise d’ashme. J’ai vécu des moments d’orgueil quand un jour de mars 2005, des étudiants se sont levés pour m’applaudir dans un amphi, alors que je demandais à ce que leur cafeteria soit gérée par le CROUS. Et j’ai vécu des moments de jalousie envers des militants qui « montaient » plus vite que moi, des moments de déprime quand j’avais trop de travail, pas assez de temps pour trouver 30 candidats pour les élections des conseils de résidence… J’ai découvert le café.

J’ai aussi milité au Mouvement des Jeunes Socialistes, devenant secrétaire général du MJS 34 en décembre 2005, animateur fédéral en novembre 2006, coordinateur régional en décembre 2007. C’est mon 2ème cadre d’engagement, j’étais, à 21 ans, déjà un vieux. Les traits creusés, les yeux souvent rouges, la peau tirée. Je passais mon CAPES d’ailleurs. Je me suis épanoui, j’ai rencontré de nouvelles personnes, qui sont devenus des amis, milité différemment, travaillé sur la durée. J’ai eu le plaisir de militer avec Cédric, mon meilleur camarade. Et j’espère bientôt militer avec lui, tout aussi étroitement, dans d’autres structures. J’ai appris à me laisser humilier par mon premier fédéral, à dégainer en réunion de section, à marteler des mots, des concepts, pour les imposer. J’ai appris à me taire, et j’ai appris à nuancer mes propos. Il me reste tant à apprendre pourtant. J’ai fait la connaissance d’une grande famille militante, dans l’Herault puis maintenant à Paris…

Grâce à tout ceci, je me suis senti plus à l’aise. Je suis devenu prof d’histoire/géo, ce que je n’aurais jamais pu faire sans cela, étant maladivement timide. Ce qui marque toujours d’ailleurs mes relations privées. Reconnu comme bon technocrate et bon bureaucrate, je me suis peut-être enfermé dans ce profil, avec le sentiment de savoir organiser, synthétiser, préparer des réunions, sans être un grand tribun charismatique. Et aujourd’hui, je regarde avec recul, ces 5 années d’engagement, levé tôt pour coller, couché tard pour mes réunions, sans voir beaucoup amis, petite copine, famille… en ratant beaucoup de cours. J’ai mangé des repas de midi en courant, j’ai fait des dizaines de milliers de kilomètres en train, les manquant souvent, de Munich à Bordeaux, de Lamoura à La Rochelle. J’ai découvert un monde avec ses rites, ses légendes, ses traîtres et ses héros. Et, je ne regrette rien…


Commentaires :

  • À la lecture de son témoignage, on peut être facilement impressionné par son parcours, par tout ce qu’il a accompli, par les différents sigles politiques, mais il faut relativiser. C’est le lot quotidien de beaucoup de jeunes débutants qui s’engagent dans le milieu associatif ou du militantisme politique. Par exemple, la plupart des membres du Mouvement des Jeunes Socialistes ont entre 15 et 28 ans, cumulent différentes activités associatives ou militantes, sont obligés de commencer le terrain par les distributions de tracts et les participations aux assemblées générales du département (qui n’ont rien à avoir bien sûr avec celles des adultes du PS ou des Républicains), ce sont des réunions locales entre jeunes dans un bureau, au nombre d’une dizaine de participants souvent !
  • Se laisser diriger par une passion, ses envies profondes, plutôt que par ses peurs donne de meilleures chances de progresser et de s’épanouir.
    Choisir son métier en fonction de ses failles psychologiques, de son anxiété sociale, serait considérer qu’on ne peut pas progresser et s’en défaire.
    Ici, on voit que Nicolas malgré sa timidité et sa peur de prendre la parole en public trouve une motivation supplémentaire à travers sa passion et sa curiosité pour la politique.
  • Comme j’en ai parlé dans un article du blog sur l’importance de rencontrer les « bonnes personnes » pour réussir, il est rare qu’un individu surtout confronté à plusieurs difficultés s’en sorte tout seul. Car généralement, on est vite rattrapé par ses automatismes et on ne trouve pas les leviers psychologiques pour affronter seul tous les obstacles.
    Ici, on voit que Nicolas a fait plusieurs rencontres déterminantes : ces jeunes étudiantes militantes qui l’ont invité à assister à son premier congrès de l’UNEF, et surtout à cet ami à qui il rend d’ailleurs hommage dans l’article et qui l’a accompagné sur le terrain et poussé à faire ses premiers porte-à-porte, à distribuer son premier tract dans la rue, à prendre la parole en amphi, à assister à sa première assemblée générale. 
    Sans ces « bonnes personnes », il l’avoue à demi-mot, il n’aurait peut-être jamais franchi le pas. 
  • Comme en T.C.C, pour guérir, il a suffi pour Nicolas de prendre les stratégies à contrepied et de faire le contraire. Exemples : au lieu d’éviter les situations qui l’angoissaient comme prendre la parole lors d’une assemblée générale, il s’est confronté à l’exercice graduellement, puis l’anxiété a fini par s’atténuer et disparaître au fil de l’habitude. 
  • À chaque fois qu’on lit le témoignage de quelqu’un partageant nos difficultés qui réussit, on a parfois ce mauvais réflexe de se dire (sans doute par ego) : « Il ne doit pas être si introverti ou timide que ça, c’est pour ça qu’il a réussi lui ! » Je pense que c’est une erreur de raisonner ainsi. Car les handicaps sont là à un certain degré. Ce que j’ai pu constater au cours de mon expérience, ce n’est pas tant le degré du handicap qui importe, mais les mécanismes de résilience qui varient beaucoup selon les gens et qui sont les critères déterminants dans le processus de rapidité d’une guérison, tels que : les rencontres avec les bonnes personnes, l’environnement affectif, la stratégie adoptée pour guérir, la foi dans une passion… Bref, tout un tas de paramètres divers qui vont accélérer ou ralentir la progression d’une personne.
  • Il y a deux célébrités que j’aime bien citer parce que leur timidité ou introversion ne fait aucun doute : Zidane et Charlotte Gainsbourg. Je suis sûr que beaucoup de lecteurs ici sont deux fois plus bavards ou extravertis qu’eux et se sont déjà dits en voyant leurs vidéos : « Ah ben si j’étais à leur place, j’aurais été plus à l’aise… »
    Zidane est devenu entraîneur au Real Madrid (gérer un vestiaire de stars, avoir de l’autorité, savoir communiquer face à la presse, prendre des décisions en permanence, etc…) et Charlotte Gainsbourg, actrice de cinéma (alors que longtemps, elle ne voulait pas de ce métier à cause de ses gros problèmes d’anxiété sociale). J’imagine même qu’ils ont dû forcer leur nature pour arriver à trouver un équilibre entre leur personnalité profonde et les exigences de leur métier. Simplement, comme pour le témoignage de notre jeune militant devenu professeur, nous devenons capable de supporter les plus grandes difficultés à partir du moment où on trouve, à travers ce qu’on fait, les parfaits ingrédients : les bonnes personnes, une passion, un sens

 

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(3 commentaires)

  1. thedarkknight

    Merci pour le partage. C’est interessant.

  2. Wendy

    Encore un super article !
    C’est très boostant 🙂

  3. roussafi

    Nicolas a su comment surmonter son anxiété social. Il a choisi un bon chemin a travers sa passion pour la politique. il s’est trouvé face à cette situation. Il a fait la confiance en lui. Il n’a pas évité les gens. Il a su faire des amis, c’est l’outil qu’il a utilisé pour sa réussite.

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