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La plasticité cérébrale : une découverte scientifique révolutionnaire

plasticitéL’une des découvertes en neurosciences les plus prometteuses au cours des dernières décennies est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale ou encore la neuroplasticité.

Notre cerveau, même une fois mature, n’est pas un système statique ou figé définitivement comme on l’a longtemps cru, mais dynamique, en perpétuel remaniement, en fonction de nos expériences vécues.

Quand une personne apprend une nouvelle chose, quand elle surmonte une épreuve qui lui faisait peur, son cerveau subit une réorganisation physiologique : les réseaux de neurones sont modifiés, défaits, renouvelés, restructurés, selon la nouvelle expérience !

C’est une découverte majeure et laquelle invite à l’optimisme. Pourquoi ? Parce qu’une personne timide ou anxieuse, par exemple, qui a beau avoir au quotidien un tas de pensées ou de comportements complètement dysfonctionnels, elle a la possibilité biologique de remodifier son cerveau afin de ne plus subir et d’adopter une attitude plus adaptée en société.
Ce qui paraît donc important à en prendre conscience, c’est que rien n’est figé, tout se transforme.


LA PLASTICITÉ CÉRÉBRALE : POUR BIEN COMPRENDRE CONCRÈTEMENT…

La meilleure formule pour résumer la neuroplasticité est celle-ci : « Le cerveau est  informable et déformable. »
Le cerveau est malléable, capable de se modifier avec l’expérience. 

Souvenez-vous la première fois quand vous avez appris à jouer à la guitare ou à passer le code de la route.
Au début, c’était laborieux. Vous avez du mal à avoir les bons réflexes. Vous faites souvent des confusions…
Puis, à force d’apprentissage et d’habitude, vos mouvements deviennent de plus en plus naturels et automatiques sans même que vous vous rendiez compte. N’est-ce pas ?

En effet, chaque fois que j’utilise un programme spécifique, les connexions dans la chaîne neuronale se retrouvent renforcées, facilitant le passage de l’influx nerveux. C’est pourquoi le programme est plus rapide à s’exécuter.

On comprend alors que si un programme est peu utilisé, les connexions dans la chaîne neuronale sont faibles et le programme met beaucoup plus de temps à s’exécuter.

Je vais reprendre cette jolie métaphore du site Le cerveau à tous les niveaux et qui permet de bien comprendre cette idée
 :

Nos neurones sont un peu comme une forêt où l’on fait circuler de l’information. A force de prendre le même chemin dans une forêt, il se crée un sentier. Et ce sentier est d’autant plus facile à trouver qu’il s’est profondément creusé à force d’y passer. Et c’est la même chose pour nos souvenirs : plus on les repassent dans notre tête, plus ils se gravent profondément dans nos connexions nerveuses.  


LA PLASTICITÉ CÉRÉBRALE : EXEMPLES APPLIQUÉS À LA TIMIDITÉ, À L’ANXIÉTÉ

Je trouve que la notion de plasticité cérébrale est capitale et s’avère intéressante pour notre compréhension quand on veut en finir avec des pensées dysfonctionnelles tenaces qui nous empêchent d’affronter certaines situations de la vie quotidienne. 

Un exemple personnel :
Etant un homme hypersensible et anxieux, je me souviens que pendant longtemps, j’avais de mauvaises habitudes, une certaine perception biaisée de la réalité avec un tas de croyances irrationnelles.
Un exemple en particulier qui me vient en tête : quand il s’agit d’insister, de relancer une personne pour obtenir une information ou solliciter une faveur. Pour moi, c’était quelque chose d’impossible.
Dans le monde du travail, mes anciens patrons me reprochaient souvent de ne pas oser les déranger, de ne pas demander des explications quand j’avais mal compris les tâches que je devais effectuer. C’était un vrai calvaire ! Car j’avais toujours cette peur de déranger, de paraître inintéressant ou ridicule, de leur faire répéter inutilement les explications. Ou même peur qu’ils croient que je ne les écoutais pas quand ils me parlent… Et mes patrons remarquaient mon malaise, mon silence quand j’avais des choses pourtant essentielles à leur demander. 

Le problème, c’est que cette peur irrationnelle était profondément ancrée en moi. Comme quelque chose de lourd, d’encombrant. Je crois vraiment avoir vaincu cela définitivement qu’à l’âge de 28 ans.

Aujourd’hui, si à mon travail, j’ai quelque chose à demander à mon patron de répéter (ou même solliciter une faveur), je n’ai plus aucune gêne à le faire car je le considère comme un comportement normal. Avec le recul, j’irais même jusqu’à dire ironiquement que mon cerveau était « déformé » pour ce genre de circonstances car c’est finalement un truc assez ordinaire… !

 

Tentons de comprendre tout cela avec la neuroplasticité : 

  • « Je vais le déranger. », « Il va croire que je ne l’écoutais pas. », « J’ai peur d’être inintéressant. », « Je vais être nul. » sont des pensées dysfonctionnelles et des mauvaises connexions entre nos neurones.
  • En répétant ces mauvais schémas de pensée et en subissant à chaque fois la situation (= ne rien oser faire), je laisse ces connexions neuronales se renforcer au fil du temps. 
  • Ainsi, chaque fois que je suis confronté à cette situation (déranger mon supérieur), ce sont ces connexions neuronales qui vont conditionner ma manière de penser et de percevoir le monde. 
  • Ces connexions neuronales sont devenues si fortes que même en changeant d’environnement ou de travail, les mêmes blocages psychologiques reviennent systématiquement dès que ce genre de situation se reproduit. 

Car j’ai programmé inconsciemment le cerveau à percevoir la réalité de cette façon.

 

Se servir de la neuroplasticité du cerveau pour surmonter ses blocages :

Cette sensation de lourdeur, ce torrent de pensées dysfonctionnelles, qui surgissaient automatiquement dès lors que je devais affronter ce type de situation anxiogène, ils ont totalement disparu aujourd’hui de mon cerveau à ma surprise.
Ce qui me fait dire raisonnablement que c’est possible d’en guérir, que c’est possible de mettre fin à des pensées dysfonctionnelles tenaces même si elles sont là depuis longtemps !

Cela est rendu possible, je dirais, grâce à ces trois étapes incontournables :


1) La Rationalisation :
 « Mes peurs sont irrationnelles. », « Mon patron a l’habitude d’être dérangé par ses employés. », « C’est absolument normal de redemander des explications. », « Il se peut aussi que ce soit mon patron qui explique trop vite… », « Si j’étais vraiment nul, alors il ne m’aurait jamais embauché. »

La première étape pour enclencher un processus de guérison est évidemment la rationalisation, bien connue en TCC et consistant à prendre conscience de ses distorsions cognitives et à les rectifier dans la bonne direction. 

>>>
Vous permettez à votre cerveau de créer de nouvelles connexions neuronales : « Mon patron paraît très occupé. » <=> « En fait, non, il est tous les jours comme ça et il est normal que j’aille le déranger. »

 

2) L’ExpositionC’est la stratégie du contre-pied. Au lieu de rester spectateur de ce qui nous effraie, se confronter de manière saine et maîtrisée à la situation en question.
Deuxième étape : il s’agit donc d’entamer les premières actions pour désensibiliser ses peurs.

Par exemple, si à chaque fois vous avez peur de prendre la parole lors d’une réunion au travail et que vous persistez dans cette attitude, alors vous ressentirez toujours le poids intérieur de cette anxiété. Mais si un jour, propulsé par votre confiance, vous décidez de prendre la parole à cette réunion pour exprimer un avis ou faire une remarque sur un dossier de votre entreprise… alors vous vous rendez compte que ce n’était pas si difficile que cela.

>>> En réalité, vous permettez surtout à certaines anciennes connexions neuronales (ces fameuses mauvaises connexions !) de se défaire et d’être progressivement remplacées par des nouvelles connexions plus adaptées à la situation confrontée.

 

3) L’HabituationCette troisième étape, la plus cruciale, consiste à répéter ces expositions progressivement, puis régulièrement, de manière à ancrer votre nouveau comportement dans une routine.

Rappelez-vous de mon exemple avec l’apprentissage de la guitare ou du code de la route dans la première partie de mon article.
Chaque fois que vous exécutez un programme spécifique, répétez un apprentissage, vous renforcez les connexions dans la nouvelle chaîne neuronale.
C’est exactement pareil ici : si à chaque fois que vous avez envie de prendre la parole en réunion et que vous décidez de suivre votre envie plutôt que votre peur, alors vous rééduquez tout votre réseau de connexions défectueuses.

>>> Les anciennes connexions neuronales (= ces pensées dysfonctionnelles tenaces), n’étant plus utilisées au fil de votre nouvelle expérience et de l’habitude, seront défaites, éliminées, substituées par des nouvelles connexions. 


CONCLUSION :

La logique de la neuroplasticité est implacable. Si lors d’une démarche thérapeutique, vous vous arrêtez à l’étape 2 en vous contentant de quelques expositions irrégulières, alors certes vous créez de nouvelles connexions neuronales bénéfiques, mais ces connexions demeurant faibles et peu sollicitées, vous ne permettrez pas à ces connexions de se renforcer !
Vous conservez en quelque sorte l’ancienne « représentation cognitive » de la situation redoutée.

Comme pour l’apprentissage, plus vous vous entraînez à exécuter un programme avec une méthode saine et maîtrisée, plus ce programme sera facile et naturelle à dérouler.
Car vous l’avez bien compris maintenant : ce sont nos réseaux neuronaux et leurs connexions qui conditionnent nos comportements et émotions.

 

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(9 commentaires)

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  1. marie05

    Très intéressant, très bien ecrit. ( comme toujours)
    J’aime bien l’image du sentier dans la forêt !

  2. Cerise

    Très bon article, très bien expliqué… 🙂
    Le parallèle avec l’apprentissage de la guitare (ou d’une autre langue par exemple) est très vrai.
    La neuroplasticité est une découverte très importante, et explique les modifications cérébrales, aussi bien pour le cerveau normal que le cerveau lésé (compensation neuro).
    En effet, l’étape d’habituation est très importante, afin que ce « sentier » se creuse de plus en plus et soit utilisé de façon plus naturelle.

  3. simon

    Merci encore. J’adore l’image du sentier. Elle me parle énormément. Je ressens ce que tu écris mais ça donne toujours envie de pousser encore plus fort sur l’accélérateur en lisant cela.

    1. promethee-devperso.com

      Merci pour vos retours, marie, Cerise et simon.

      Vos remarques m’ont permis de savoir que c’était une bonne idée finalement d’insérer cette métaphore du sentier dans la forêt car j’avais hésité à la mettre. 🙂

  4. figolu

    Bravo pour ce nouvel article Elde, très bien écrit et très facile à comprendre. Cela appuie une fois de plus le fait que des sorties répétées de notre zone de confort sont indispensables pour notre progression 🙂

  5. Maniwaki

    Bonjour à tous,

    Je trouve également que cette découverte est intéressante. Cependant, entre la théorie et la pratique, l’expérience, il y a bien souvent, surtout lorsque l’on touche, comme ici, à de la subjectivité pure, à du vécu parfois très profond et enraciné, une grande distance. En effet, je pense que changer de comportement, changer de sentier pour reprendre la métaphore forestière utilisée, n’est pas si simple et dépend énormément du vécu de chacun. Je ne pense pas que nous soyons tous égaux devant cette plasticité même si, sur le papier, aussi beau et glacé qu’il soit, mais sur le papier seulement, nous avons accès à ladite plasticité. À travers une TCC par exemple. Personnellement, une TCC n’a eu aucun effet bénéfique sur moi, cela s’est même montré plus dévastateur que l’effet escompté.

    Aussi, à cette plasticité cérébrale, je voudrai opposer ce que les spécialistes appellent « l’impuissance apprise ». C’est ce que l’on pourrait qualifier de théorie de la démission et du désespoir, fondée sur de multiples expériences aboutissant à l’échec et ne faisant que conforter l’individu dans son incapacité à s’en extraire. Voici un exemple, très éclairant. Imaginez deux souris que l’on plonge dans un bassin. La première est immergée immédiatement : elle nage jusqu’au bord et s’enfuit. La seconde a été tenue longuement dans la main jusqu’au point où elle ne se débat plus : on la dépose dans l’eau, elle coule. C’est la résignation fataliste de ceux qui ont perdu la maîtrise de leur existence. En perdant cette maîtrise, difficile dans ce cas d’accéder à cette plasticité, car des ressorts sont cassés et parfois définitivement. « Apprendre » l’impuissance, c’est se rendre compte que chaque action conduit à l’échec, qu’aucune tentative de s’en sortir n’est couronnée de succès malgré les efforts déployés. S’en suit une habituation à l’échec.

    Pour filer la métaphore du chemin forestier, certains, de par leur vécu, n’ont tout simplement pas la capacité morale, les ressorts psychiques pour débroussailler et se construire un autre chemin ; il leur est même tout simplement impossible de prendre un chemin naissant et déjà débroussaillé. Personnellement, je n’ai pas été éduqué par mes « parents », mais plus exactement « dressé » (maltraitance physique et psychologique), terme que l’on utilisera plus pour un animal et que pour un enfant… Toute tentative de rébellion était vaine, car il y avait surenchère de leur part. En ceci, aujourd’hui, ce n’est pas un sentier bien connu et confortable que je suis dans la forêt, mais une tranchée, creusée bien malgré moi par mes géniteurs. Enfoncé dans cette tranchée, penser prendre un autre chemin, créer mon propre sentier est difficilement imaginable, voire totalement utopique. Cette plasticité, les cassures de mon existence m’empêchent d’y accéder.

    De la forêt, je ne vois plus le sol, mais seulement le haut des arbres…

    Je ne souhaite pas faire dans le mélodramatique, mais simplement à relativiser cette découverte si exaltante.

    1. promethee-devperso.com

      Bonjour Maniwaki,

      Tu as raison de préciser que nous ne sommes pas tous égaux devant le phénomène de neuroplasticité, et plus généralement dans les aptitudes au bonheur, j’ai envie de dire.
      L’âge biologique, les vulnérabilités internes, les phénomènes traumatiques, sont des facteurs variables.

      Cela dit, il a toujours existé des cas très graves de situation humaine (dépression, longues années en prison, misère affective et sociale totale, traumatismes après une guerre, etc…) dans l’histoire de l’humanité et ces gens s’en sont sortis, ont déconditionné l’impuissance apprise et ont de nouveau souri à la vie. Ces faits existent. Donc même une situation totalement désespérée comporte des espoirs. Ce n’est pas de l’optimisme à deux balles, mais de la lucidité.

      Tes messages sont souvent empreints de pessimisme et d’une volonté d’anticonformisme, je l’ai remarqué à chaque fois, comme à une certaine époque où j’étais moi-même dépressif et au fond du trou cela dit.
      Tu as un style qui me rappelle un peu Kierkegaard ou Cioran. Avec une plume belle et intéressante comme celle-ci, tu devrais te lancer dans l’écriture de livres, de romans, sincèrement. 🙂 Si la neuroplasticité est à relativiser pour toi, pas d’excuses pour la créativité… même du haut des arbres.

      Amicalement.

      Elde

  6. Psychosophe

    Bonjour Elde,
    Cet article fait écho à un ouvrage que je viens de lire s’intitulant « Les maladies dégénératives, les propositions du docteur André Gernez »
    Dans cet ouvrage, on apprend que le chercheur espagnol Ramon Y Cajal a érigé un dogme, celui de la fixité neuronale.
    En substance, celui ci s’énonce ainsi « les structures nerveuses ont fixées et immuables à la naissance, tout peut y mourir, rien ne peut y régénérer ».
    Or, il est désormais prouvé que le cerveau adulte peut créer de nouveaux neurones, (travaux des professeurs Weiss et Reynolds), et par extension de nouveaux schémas de pensée.
    La condition sine qua non à mon avis est qu’une volonté de changement doit être présente chez le sujet en difficulté…..quelqu’un de non motivé risque fort de stagner dans ses difficultés, quels que soient les conseils qui lui seront dispensés.

  7. Xolali (Holali)

    Bonjour,

    La plastique cérébrale ? L’image est bien trouvée je trouve et votre article est on ne peut plus clair à ce sujet.

    Merci beaucoup !

    Xolali
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